Infection(s) nosocomiale(s)

Définition et réalité
Nosocomiale : terme ancien de ‘pourriture d’hôpital’ défini dans le Littré comme : « gangrène qui survient aux plaies ou aux ulcères des blessés dans les hôpitaux dont l’air est vicié par l’encombrement des malades ou par quelque autre circonstance »
Terme grec : nosokomein
Nosos = maladie
Komein = soigner
Terme latin :
Nosocomium = hôpital
Infection nosocomiale = acquise à l’hôpital

Définition générale de l'infection nosocomiale
Définition : Infection acquise à l'hôpital, ni en incubation, ni présente à l’admission.
Délai d’incubation ?
- soit connu pour de rares infections (surtout virales, < 5% de l’ensemble des infections nosocomiales)
- soit inconnu notamment pour la plupart des bactéries
- mais considéré comme le plus habituellement inférieur ou égale à 48 heures
Exceptions : infection liée à un acte invasif réalisé à l’hôpital (nosocomiale quelque soit le délai)

Savoir différencier une infection d’une simple colonisation
Définition de l’infection : Prolifération bactérienne, virale ou prarasitaire ayant pour conséquences des réactions cellulaires, tissulaires ou générales dont la traduction habituelle est un syndrome inflammatoire
Peuvent être nosocomiales :
- les infections s'exprimant après la sortie du patient de l’hôpital
- toute infection du site opératoire survenant dans les 30 jours qui suivent l’intervention
- ou dans l’année si il y a eu implantation de matériel étranger
- les infections acquises à l'hôpital par le personnel hospitalier notamment lors d’accidents d’exposition au sang
Exemple : Infection nosocomiale/iatrogène d’un patient âgé insuffisant respiratoire hospitalisé en rhumatologie pour un problème articulaire
- Diagnostic : Bilan biologique et radiologique du genou douloureux
- Pas de traitement
- Patient alité
- Mauvais drainage pulmonaire : Infection pulmonaire nosocomiale mais non iatrogène
- Retour au domicile
- Traitement prescrit : Anti-inflammatoire intramusculaire par infirmière à domicile une fois par jour
- Abcès au point d’injection le 4ème jour : Infection iatrogène non nosocomiale

Mesurer l’impact des infections nosocomiales

Enquête nationale de prévalence des Infections Nosocomiales 2001

Etablissements (lits)
1533 (381 303) soit 77% des lits d’hospitalisation français
Patients
305 656
Patients infectés 21 010 (6,9%)
Infections
23 024 (7,5%)

Caractéristiques des patients

 

Résultats nationaux 2001 N (%)

Mac Cabe 1 * 49 263 (16,1)
Mac Cabe 2 *
20 455 (6,7)
Immuno-dépression 28 106 (9,2)
Intervention chirurgicale
64 476 (21,1%)

* Score pronostic lié à la pathologie motivant l’hospitalisation :
1, décès prévisible dans les 5 ans, 2, décès prévisible dans l’année

Prévalence des infectés selon le statut

Mac Cabe = 0
4,4%
Mac Cabe = 1 10,8%
Mac Cabe = 2
18,2%
Sans immuno-dépression 6,2%
Avec immuno-dépression 13.5%
Sans intervention chirurgicale 6,1%
Intervention chirurgicale 9.7%

Prise en charge des patients à travers certains actes invasifs

 
Résultats nationaux 2001 N (%)
Interventions chirurgicales 64 476 (21.1)
Cathéterisme vasculaire 67 439 (22.1)
Sondage urinaire 28 600 (9.4)
Dont sondage le jours 16 976 (5.6)
Dont sondage dans les 7 jours 11 628 (3.8)

Prévalence des infections liées à certains actes invasifs

 
Résultats nationaux N (%)
Infections du site opératoire
1 754 (2.7)
Infections sur cathéters vasculaires 546 (0.8)
Infections urinaires sur sonde 5 301 (18.5)

Distribution des infections selon le site

 
Résultats nationaux 2001 N (%)
Infections urinaires 9 135 (40.0)
Infections broncho- pulmonaires 4272 (18.7)
Infections sur cathéter 716 (3.1)
Bactériémies septicémies 931 (4.1)
Infections du site opératoire 5401 (23.6)
Peau et tissus mous 2465 (10.8)

Répartition des micro organismes isolés d’infections du site urinaire

Micro-organisme
%
E. coli 36.9%
P. aeruginosa 9.6%
Enterocoque 8.5%
S. aureus 7.6%
Proteus spp 7.7%
Klebsiella spp 5.8%
Enterobacter spp 5.4%

Répartition des micro organismes isolés d’infections du site opératoire

Micro-organisme
%
S. aureus 36.2%
P. aeruginosa 9.7%
E. coli 9.5%
Staphylocoques coagulase négative 9.4%
Enterocoque 5.8%
Enterobacter spp 5.6%
Streptocoques 4.8%
Proteus spp 3.9%

Répartition des micro organismes isolés d’infections cutanéo-muqueuses

Micro-organisme
%
S. aureus 44.8%
P. aeruginosa 15.5%
E. coli 5.3%
Streptocoques 3.8%
Enterocoque 3.4%
Enterobacter spp 3.5%

Morbidité des infections nosocomiales
Une morbidité lourde mais très dépendante du statut des patients admis.
Néanmoins, part importante liée aux actes invasifs
Quelle est la part évitable ?
- 1/3 incontournable ?
- 1/3 évitable à coût élevé ?
- 1/3 facilement évitable ?

Ecologie

 
Résultats nationaux N (%)
Traitement anti-infectieux
51 178 (16,7)
Curatif d’une infection communautaire 27 402 (53.5)
Curatif d’une infection nosocomiale 14 571 (28.5)
A visée prophylactique 9 205 (18.0)

Coût du point de vue de l’hôpital

Surcoût moyen 1000 €/infection
- lié à la prolongation de séjour (80%)
- lié au traitement de l'infection (15%)
- lié aux examens compémentaires (5%)
Varie en fonction du site
- Infection urinaire basse : 500 Euros
- Bactériémie : 22 000 Euros
Mais peu d’études disponibles en France

Du point de vue de la société

Aucune étude disponible
Ce coût peut être lié
- au handicap consécutif à l’infection nosocomiale (amputation, mobilité réduite, …)
- à l’arrêt de travail de la victime
- à la garde des enfants de la victime
- à l’aide sociale en faveur de la victime
Après sa sortie de l’hôpital
Il est souvent considéré comme 10 fois supérieur au "surcoût" hospitalier

Mortalité
Mortalité imputable ou attribuable ???
En france 10 000 décès par an ???
Absence de recueil de données systématiques.
Mais mortalité imputable aux infections nosocomiales incluse dans le dispositif d’infectiovigilance proposé par circulaire et décret
Difficultés méthodologiques pour l’imputabilité.
Polypathologie pouvant conduire à une déficience multiviscérale.
Patients au stade terminal de leur maladie présentant très fréquemment une infection nosocomiale au moment du décès : cause ou conséquence ?
Quelques études ponctuelles de méthodologie variable : 1800 à 2000 décès par an chez les patients dont le pronostic vital n’est pas engagé par la pathologie motivant l’hospitalisation

Les stratégies préventives
L’hygiène : La prévention de la translocation et de la dissémination
Le bon usage des antibiotiques : La pression de sélection antibiotique joue sur la nature des bactéries responsables …
Mais aussi sur la fréquence des infections nosocomiales
Les stratégies ‘pré-emptives’ : Ciblées sur un risque, un patient, une espèce bactérienne