Haemophilus influenzae


Introduction

Historique
- Découverte par Pfeiffer d'un petit bacille à Gram négatif dans les expectorations d'un grippé en 1892 : Haemophilus influenzae, agent de surinfection considéré à tort comme responsable de la grippe.
- Identification des différents antigènes capsulaires de H. influenzae par Margaret Pittman en 1931
- Elaboration d'un vaccin anti-Haemophilus type b dans les années 80

Généralités
- Une vingtaine d'espèces d'Haemophilus ± proches sur le plan phylogénétique
- Bactéries commensales des muqueuses de l'homme et/ou des animaux à sang chaud
- Pathologie humaine largement dominée par H. influenzae en France, rôle secondaire de H. parainfluenzae
- H. ducreyi responsable de MST dans les pays en voie de dévelopt


Caractères bactériologiques

Morphologie
- Petits bacilles Gram-, fins, polymorphes, souvent en paquets (aspect de serpillère, cliché)
Immobiles, asporulés
- Présence inconstante d'une capsule polysaccharidique support d'une antigénicité de type (a, b, c, d, e, f), stimulant la production d'anticorps précipitants et agglutinants spécifiques

Culture
- Les Haemophilus sont des espèces exigeantes pour leur culture : milieux au sang, atmosphère enrichie en CO2, 37°C
- H. influenzae requiert des facteurs de croissance particuliers: NAD (facteur V "vé") et hémine (facteur X "ix") présents, par exemple, dans les géloses au sang cuit (chocolat). Cliché.
- Colonies fines et translucides en 24-36h.

 

Pouvoir pathogène

Généralités
- H. influenzae est à l'origine de nombreuses infections ORL et respiratoires, bénignes à sévères, tout au long de la vie

Infections ORL
- Rhinopharyngites, otites moyennes aiguës (OMA), laryngites, épiglottites (type b), sinusites (surinfections), ethmoïdites...

Infections bronchopulmonaires
- Pneumonies, pleurésies, surinfections de maladies virales (grippe...)

Infections rares
- Bactériémies (cliché) avec arthrites ou endocardites secondaires
- Méningites purulentes (cliché)
chez l'enfant non vacciné ou causées par des souches non capsulées chez les personnes immuno-déficientes ; risque élevé de séquelles neurologiques
- Infections génitales (urétrites, cervicites, salpingites) et néonatales (3ème cause après streptocoque B et E. coli)

 

Epidémiologie

Réservoir
- Bactérie commensale de l'homme
- Les souches non capsulées appartiennent à la flore oropharyngée normale (50-80% des individus), parfois fécale (0,5-1%)
- Les souches capsulées (dont sérotype b) sont retrouvées principalement dans l'entourage des malades, les crêches... (1-2%)

Transmission
- Transmission directe par les gouttelettes de salive (bactérie fragile)
- Contamination du nouveau-né au cours de l'accouchement

Sérotypes capsulaires
- Prédominance (i) des souches capsulées type b dans les méningites et les épiglottites (ii) des souches non capsulées ou non-b dans les OMA et les infections respiratoires basses

Modalités épidémiologiques
- Incidence des infections plus forte pendant la saison froide (virus)


Physiopathologie

Colonisation
- Pénétration par voie aérienne dans le rhinopharynx
- Adhésion faible aux cellules épithéliales (pili, protéines de paroi ?) et production d'IgA protéases
- Colonisation favorisée par les facteurs d'irritation (virus, tabac, pollution...)
- Rôle du LPS (lipide A) dans l'inflammation bronchique

Infections invasives
- Dues au sérotype b dans 95% des cas
- Dissémination sanguine rare, ± importante et fixation au niveau des plexus choroïdes (franchissement de la barrière hémato-méningée)
- Rôle essentiel de la capsule b dans la virulence : inhibition de la phagocytose
- Apparition progressive d'anticorps anti-PRP (polyribose polyribitol phosphate) osponisants et bactéricides par activation du complément

 

Diagnostic bactériologique

Intérêt
- Surtout dans les infections sévères

Prélévements
- LCR, sang (±), pus d'otite ou de sinusite (±), expectorations vraies, prélèvements pulmonaires profonds (aspirations trachéales, lavages alvéolaires, brossages bronchiques protégés)...
- Transport rapide au laboratoire car bactérie fragile < 2h

Diagnostic direct
- Culture sur milieux adaptés ± sélectifs (gélose chocolat bacitracine) : petites colonies en 24-48h ; exigence en facteurs X et V
- Recherche possible de l'antigène soluble b dans le LCR

Interprétation des résultats
- Bactérie considérée comme toujours pathogène dans le LCR ou le sang, selon son abondance dans les pvts ORL ou broncho-pulmon.

 

Sensibilité aux antibiotiques

Résistance naturelle
- Bactérie naturellement sensible à de très nombreux antibiotiques
- Résistance ± élevée aux macrolides (efficacité modeste de l'azithromycine)

Résistance acquise
- Apparition en 1974 de souches productrices de pénicillinase plasmidique TEM-1, résistantes à l'amoxicilline mais sensibles à l'amoxicilline + ac. clavulanique, C1G, C2G et C3G
- Actuellement 20-30% des souches sont pénicillinase +
- Quelques souches (2%) de sensibilité diminuée aux ß-lactamines par modification des PLP ; conséquences thérapeutiques douteuses
- Résistance aux tétracyclines et au chloramphénicol : environ 10%
- Pas de résistance aux C3G, aminosides et fluoroquinolones


Prophylaxie

Vaccin anti-Haemophilus
- Introduction en France en 1992
- Polyoside capsulaire de type b : PRP
- Associé aux autres vaccins dans le calendrier vaccinal de l'enfant (3,4,5 mois) et rappel à 18 mois
- Bonne tolérance
- Excellente efficacité contre la méningite : réduction très forte de l'incidence (33 pour 100,000 habitants en 1992 chez les enfants < 1an, 2 pour 100,000 en 1996 !)
- Cas actuels de méningites : souvent des enfants non ou mal vaccinés, rares exemples de souches non capsulées ou non-b
- Le vaccin ne protège pas contre les autres infections à H. influenzae dues surtout aux souches non capsulées (ORL, infections broncho-pulmonaires) !!

 

Les autres Haemophilus

En France
- H. parainfluenzae, H. parahaemolyticus... : bactéries de la flore oropharyngée normale, responsables d'infections rares (endocardites, abcès du cerveau et du foie, pneumonies, arthrites, méningites...)
- Infections des voies biliaires ou génitales (sur stérilet) à point de départ intestinal dues à H. parainfluenzae (2% de portage)

Pays en voie de développement
- H. aegyptius : proche génétiquement de H. influenzae, responsable de conjonctivites aiguës contagieuses
- H. ducreyi : agent du chancre mou (MST), ulcération du sillon balano-prépucial avec adénopathie inguinale douloureuse ayant tendance à fistuliser ; extensions locorégionales possibles.